Le porphyre

Publié le par Lozane


Porphyre. La pierre pourpre des Ptolémées aux Bonaparte


  Contrairement à ce qu’affirme un critique à la plume alerte mais acerbe, et où perce peut-être une once de mauvaise foi, l’exposition Porphyre n'est pas seulement scientifiquement impeccable, elle est aussi profondément réfléchie. La salle du Manège se prête bien par ses dimensions monumentales, à la présentation de ces œuvres d'art dont il ne faut jamais perdre de vue l'aspect avant tout décoratif. Le vert des murs et des supports cherche sans doute à évoquer la serpentine, pierre proche du porphyre et qui lui a souvent été associée. Il aurait cependant gagné à être un peu plus vif.

   La dureté du porphyre, qui rend celui-ci si difficile à travailler, est en partie aux origines de son caractère mythique. Sa couleur également, associée à la pourpre impériale et parfois au sang de l'Eucharistie, participa à sa légende. Une légende, entretenue par Vasari qui prétendit que le secret de sa taille fut redécouvert au XVIe siècle à Florence. En réalité, comme le démontre l'exposition, cette technique ne s'était jamais réellement perdue, et l'on trouve au Moyen-Age des objets sculptés en porphyre.
   Dès l'époque byzantine, le porphyre devint rare car les gisements égyptiens qui en furent à l'origine à partir de l'époque ptolémaïque, ne sont plus exploités et leur emplacement s'est plus ou moins perdu. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, tous les objets créés en cette matière seront issus du réemploi d'objets antiques, soit retaillés pour donner des œuvres entièrement nouvelles, soit réutilisés et remontés avec d'autres matières (marbre, serpentine, bronze, ...). C'est ainsi que beaucoup d'objets ne peuvent être datés avec précision.



1.

2.

 

                                             

1. Prisonnier Dace barbu
Rome, IIe siècle après J.C.
et Pietro Bernini

Paris, Musée du Louvre

 

2. Aigle de Suger
Rome, époque impériale (porphyre) et
Paris, avant 1147 (monture)

Paris, Musée du Louvre

 

   Le parcours chronologique choisi ne peut donc être strict : au début sont exposées des sculptures romaines restaurées au XVIIe siècle, à la fin des vases antiques portant des montures néoclassiques. Ceci devrait plaider contre les dérestaurations, quelquefois intempestives, même si le Louvre semble très modéré dans cette pratique. On voit un beau torse, fragment d'une statue de reine d'époque ptolémaïque (cat. 3), récemment privé des ajouts vraisemblablement effectués au XVIIe siècle pour la compléter (tête, bras gauche et jambes). Cette restauration faite « avec grand soin et sûrement à grand frais » aurait sans doute mérité plus d'égard, même si, et peut-être surtout parce qu'elle était « bien peu archéologique ». Très ancienne, elle faisait partie de l'histoire de l'objet. Fort heureusement, les statues des Daces (cat. 5 et cat. 6) restaurées en 2002, ont conservé leurs ajouts ultérieurs (bras et têtes). Ceux du Prisonnier Dace barbu (ill. 1) sont de Pietro Bernini, le père de Gian Lorenzo, ce qui a pu jouer dans la décision. On n'imagine pas une dérestauration de l'Aigle dit de Suger (cat. 17, ill. 2), qui n'est après tout que la combinaison d'un vase en porphyre romain d'époque impériale et d'une monture en argent niellé et doré du XIVe siècle. Si l'on peut comprendre que les archéologues souhaitent rendre aux objets antique leur « pureté », ce type d'intervention devrait relever de l'exception.

3.

4.

                             

3. Attribué à Francesco di Giovanni Ferrucci
dit del Tadda
Charles Quint

Paris, Musée des Arts Décoratifs

 

4. Rome, XVIIe siècle (buste)
et François Girardon (draperie)
Alexandre le Grand

Versailles, Musée National des Châteaux
de Versailles et de Trianon

 

 

   A Rome, au Seicento, des praticiens plus que des sculpteurs exportent vers toute l'Europe des modèles variés de vase en porphyre. En juxtaposant un grand nombre de ces pièces, l'exposition rend compte de cette véritable industrie qui déclinera progressivement pour s'achever à la fin du XVIIIe siècle. La découverte et l'exploitation de gisements de porphyre, en Suède d'abord qui donna lieu à la création de quelques objets remarquables (non montrés, mais qui font l'objet d'un essai dans le catalogue), puis ailleurs en Europe, contribua à banaliser cette pierre qui fut autrefois celle des empereurs. Le tombeau de Napoléon, que l'on pourrait croire en porphyre, n'en est pas. C'est une quartzite d'un coloris très proche. Le règne de la pierre pourpre était terminé. 

Didier Rykner

Le tombeau de Napoléon

 Des funérailles nationales accompagnent le retour des cendres de l'Empereur Napoléon Ier, transférées aux Invalides le 15 décembre 1840 en attendant l'édification du tombeau. Celui-ci est commandé en 1842 par le roi Louis-Philippe à l'architecte Visconti (1791-1853), qui fait réaliser sous le Dôme d'importantes transformations en perçant une immense excavation pour accueillir le tombeau. Le corps de l'Empereur Napoléon Ier, y est déposé le 2 avril 1861.
 Le tombeau, façonné dans des blocs de quartzite rouge, placé sur un socle de granit vert des Vosges, est cerné d'une couronne de lauriers et d'inscriptions rappelant les grandes victoires de l'Empire. Dans la galerie circulaire, une suite de bas-reliefs sculptés par Simart figurent les principales actions du règne. Au fond de la crypte, au-dessus de la dalle sous laquelle repose le Roi de Rome, est érigée une statue de l'Empereur portant les emblèmes impériaux.

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